Gicumbi : La criminalité a conduit une femme à perdre son foyer
Dans le district de Gicumbi, une femme identifiée sous le nom d’emprunt de Mukamwiza, résidant dans le secteur de Mukarange, affirme que son implication dans le transport et le commerce illicite de l’alcool de contrebande (Kanyanga) en provenance de l’Ouganda a complètement bouleversé sa vie.
Cette activité criminelle lui a valu trois peines d’emprisonnement, entraînant l’éclatement de sa famille, une pauvreté extrême ainsi que l’abandon scolaire de ses enfants.

Le district de Gicumbi est l’un des districts frontaliers du Rwanda, situé à la frontière avec l’Ouganda
Son témoignage montre que les conséquences d’un crime ne touchent pas uniquement son auteur, mais affectent également toute la famille.
Elle raconte :« Je pensais assurer un meilleur avenir à ma famille, mais une fois en prison, j’ai compris que j’étais en train de la détruire. J’ai été condamnée une première fois à deux ans de prison, puis à une seconde peine de cinq ans. À partir de ce moment-là, toute notre vie a basculé ».
Mukamwiza explique que les amendes et les autres sanctions judiciaires ont contraint sa famille à vendre ses terres, son bétail et d’autres biens afin de faire face aux conséquences de ses condamnations.
Elle confie :« Mes enfants ont dû abandonner l’école faute de moyens financiers. Certains sont même partis travailler comme journaliers en Ouganda. À ma sortie de prison, j’ai découvert que mon mari avait refait sa vie avec une autre femme, incapable de supporter plus longtemps les conséquences de mes erreurs ».
Aujourd’hui, elle affirme avoir compris que l’argent obtenu grâce aux activités criminelles n’apporte jamais un véritable développement.
Elle affirme :« Si j’avais su que ces actes allaient détruire mon foyer et compromettre l’avenir de mes enfants, je ne les aurais jamais commis. Aujourd’hui, j’encourage les autres à éviter toute forme de criminalité. La criminalité nous a plongés dans la pauvreté »
Son époux, identifié sous le nom de Kubwimana André, explique que la vie de leur famille a radicalement changé après l’incarcération de son épouse.
Il affirme :« Toutes nos économies ont été englouties dans les procédures judiciaires et le paiement des sanctions. Nos enfants ont grandi sans leurs deux parents. À un moment donné, je n’ai plus eu la force de supporter cette situation et j’ai décidé de refaire ma vie avec une autre femme. De nombreuses familles se désintègrent à cause de la criminalité ».
Selon lui, beaucoup de personnes ignorent que les conséquences d’un crime frappent toute la cellule familiale.
Il raconte :« Lorsqu’un des conjoints est emprisonné, toute la famille sombre dans la pauvreté. Les biens disparaissent et les enfants sont les premières victimes. »
Les autorités de Gicumbi mettent en garde contre les conséquences de la criminalité comme Le maire du District de Gicumbi, Nzabonimpa Emmanuel, souligne que la criminalité figure parmi les principales causes de la régression économique de certains ménages.
Il déclare :« Certains citoyens sont condamnés à de lourdes amendes ou à des peines d’emprisonnement. Pour s’acquitter de ces sanctions, ils sont contraints de vendre leurs biens. Dans plusieurs cas, les longues peines de prison provoquent également la désintégration des familles. Nous invitons la population à éviter les drogues ainsi que toute autre forme de criminalité, car elles freinent le développement ».
Il appelle également les habitants, en particulier ceux vivant près de la frontière, à renoncer à la contrebande et à toutes les activités illégales.
« La criminalité est l’une des principales causes de la pauvreté et de l’éclatement des familles »
L’avocat Me Ibambe Jean Paul, spécialiste en droit et défenseur devant les juridictions, s’exprimait devant des journalistes lors d’une formation organisée par FOJO Media Institute, en partenariat avec AFRI-MEDIA LTD, consacrée à la couverture médiatique des affaires criminelles.

L’avocat Me Ibambe Jean Paul, spécialiste en droit et défenseur devant les juridictions
Selon lui, les effets de la criminalité dépassent largement la sanction pénale infligée à son auteur.
Il raconte :« Les infractions ont de lourdes conséquences sur les familles. Lorsque l’un des conjoints est condamné à une longue peine d’emprisonnement, le couple peut se séparer. Les biens familiaux sont parfois vendus pour couvrir les frais liés aux procédures judiciaires ou aux sanctions La personne détenue ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille, tandis que les proches continuent de supporter les dépenses liées aux visites et à son assistance. »
Il ajoute que les familles ayant un proche en prison sont souvent confrontées à de graves traumatismes psychologiques.
Il souligne :« Les enfants peuvent abandonner l’école, tandis que d’autres sont contraints de travailler prématurément. Prévenir la criminalité demeure le meilleur moyen de protéger les familles ainsi que leur stabilité économique ».
Me Ibambe estime que plusieurs facteurs favorisent le passage à l’acte criminel, notamment la cupidité, la pauvreté, la consommation de drogues, les troubles mentaux ainsi que d’autres difficultés sociales. Il plaide pour un renforcement des campagnes de sensibilisation afin de prévenir la criminalité.
Les institutions judiciaires Rwandaises rappellent régulièrement que les infractions liées aux stupéfiants, à la contrebande et aux crimes transfrontaliers demeurent préoccupantes, en particulier dans les districts frontaliers. Le Bureau d’Investigation du Rwanda (RIB) encourage la population à dénoncer rapidement les activités illégales, tandis que le Service correctionnel du Rwanda (RCS) souligne que la réinsertion sociale des personnes ayant purgé leur peine constitue un élément essentiel de la prévention de la récidive.
À travers son témoignage, Mukamwiza démontre que les conséquences de la criminalité ne s’arrêtent pas au délinquant. Elles détruisent l’économie familiale, compromettent l’éducation des enfants et peuvent conduire à la désintégration des ménages. Son histoire constitue un appel à privilégier les moyens licites de gagner sa vie afin de préserver la stabilité des familles et de contribuer au développement durable.


