Rwanda : Une mystérieuse maladie menace les plantations d’ananas dans le district de Gakenke
Les producteurs d’ananas du District de Gakenke, dans le Nord du Rwanda, tirent la sonnette d’alarme face à une maladie encore non identifiée qui affecte leurs récoltes et entraîne des pertes économiques importantes. Ils demandent aux autorités agricoles d’accélérer les recherches afin d’identifier l’origine de cette maladie et de mettre en place des solutions adaptées.
Les cultivateurs des Secteurs de Gakenke, Gashenyi et Mataba affirment que le phénomène prend de l’ampleur. Les fruits semblent sains à l’extérieur, mais révèlent, une fois coupés ou épluchés, une détérioration interne qui les rend impropres à la commercialisation.
Cette situation a notamment été signalée par les membres de la Coopérative des Agriculteurs des Fruits de Gakenke (COAFGA), qui regroupe 97 producteurs cultivant des ananas sur une superficie de quatre hectares dans le secteur de Gakenke.
Célestin Twagirimana, membre de la coopérative, explique que les producteurs sont confrontés à plusieurs défis, notamment les dégâts causés par les oiseaux et les rongeurs, mais estime que cette maladie inconnue représente aujourd’hui la menace la plus préoccupante.
Il témoigne : « Nous faisons face à des attaques d’oiseaux et de rats, mais le plus inquiétant est cette maladie. Il arrive que l’ananas paraisse parfaitement sain au moment de la récolte, puis qu’en le coupant, on découvre que son intérieur est noirci, creusé ou complètement pourri. Cela nous fait perdre beaucoup d’argent, car certains acheteurs nous retournent les fruits ».

La maladie inconnue de l’ananas n’est détectée qu’une fois le fruit épluché.
Pour Yankurije Pasicasie, également productrice d’ananas, cette culture constitue la principale source de revenus de sa famille. Elle craint que cette maladie ne compromette durablement leur activité.
Elle Explique :« La culture de l’ananas nous permet de faire vivre nos familles. Mais lorsque les fruits sont rejetés à cause de cette maladie, nous subissons de lourdes pertes. J’ai récemment livré 500 ananas, mais 104 m’ont été retournés par les acheteurs parce qu’ils étaient abîmés à l’intérieur. J’ai dû les rembourser, ce qui représente une perte importante ».
Face à ces inquiétudes, l’Office rwandais de l’agriculture et des ressources animales (RAB) reconnaît ne pas avoir encore identifié cette maladie.
Aimable Rukundo, représentant du RAB dans la Province du Nord, indique que ses services vont se rendre sur le terrain afin de procéder à des analyses phytosanitaires.
Il déclare « Nous n’avions pas encore connaissance de ce problème. Nous allons visiter les exploitations concernées afin d’observer les symptômes, identifier la maladie et déterminer son origine ».
Selon lui, les spécialistes du programme national consacré aux fruits et légumes seront mobilisés afin de réaliser une évaluation scientifique approfondie.
« Une fois la cause identifiée, nous pourrons proposer aux producteurs des recommandations et des mesures de lutte fondées sur des données scientifiques. »
Le responsable invite également les agriculteurs à surveiller régulièrement leurs plantations, à signaler rapidement toute anomalie et à éviter de diffuser des plants susceptibles d’être contaminés avant toute vérification.
De son côté, la maire du district de Gakenke, Vestine Mukandayisenga, affirme que le dossier a déjà été transmis aux services techniques compétents et qu’une collaboration est engagée avec les institutions agricoles nationales.
Il souligne « Nous avons informé les autorités agricoles de cette situation. Avant de définir une stratégie d’intervention, il est indispensable d’identifier précisément la cause du problème afin d’apporter une réponse appropriée ».
Elle rappelle également que les autorités locales poursuivent leurs efforts de sensibilisation en faveur de l’utilisation de plants certifiés et de bonnes pratiques agricoles afin d’améliorer durablement la production.
Les spécialistes en phytopathologie indiquent que les ananas peuvent être affectés par plusieurs maladies, notamment la pourriture interne des fruits (Internal Fruit Rot ou Black Rot), la pourriture du cœur (Heart Rot), l’anthracnose, la fusariose, ainsi que par différents ravageurs.
Toutefois, ils précisent que des symptômes similaires peuvent avoir des origines diverses. Une expertise scientifique est donc indispensable avant de confirmer la nature exacte de la maladie observée dans les plantations de Gakenke.
Selon une étude publiée en 2013 dans le cadre du programme Land Husbandry, Water Harvesting and Hillside Irrigation (LWH) du ministère rwandais de l’Agriculture (MINAGRI), le district de Gakenke figurait parmi les principaux bassins de production d’ananas du Rwanda. La production annuelle y était estimée à 14 785 tonnes, soit près de 47 % de la production nationale, avec plus de 1 900 producteurs.
Bien que ces données remontent à 2013, elles illustrent le poids économique de la filière ananas dans cette région. Les producteurs estiment donc que l’identification rapide de cette maladie constitue une priorité afin de préserver une culture essentielle aux revenus de milliers de ménages agricoles.

