Gatsibo : Comment le RDDP2 a transformé Ngendahayo Ismael, d’un éleveur ordinaire en entrepreneur prospère du fourrage
Dans un contexte où l’élevage laitier constitue l’un des piliers du développement économique en milieu rural, la pénurie d’aliments pour bétail reste un défi majeur pour de nombreux éleveurs. Pourtant, pour Ngendahayo Ismael, du village de Bushenyi, cellule d’Akabuga, secteur de Kiramuruzi dans le district de Gatsibo, cette contrainte s’est transformée en une véritable opportunité.
Avant de bénéficier du projet Rwanda Dairy Development Project Phase II (RDDP2), Ngendahayo menait une vie d’éleveur ordinaire, confronté à de nombreuses difficultés liées au manque d’aliments pour son bétail.
Il possédait des vaches laitières dont la production était très faible, faute d’une alimentation équilibrée et suffisante. Il cultivait des fourrages sur une petite superficie et dépendait essentiellement d’une seule variété d’herbe, insuffisante pour améliorer la productivité.
Il témoigne :« Avant, nous avions un sérieux problème d’alimentation du bétail. Mes vaches produisaient entre un et un litre et demi de lait par jour. J’étais encore un éleveur ordinaire, sans réelle opportunité de développement. »
Le manque de connaissances techniques et de semences améliorées limitait fortement la rentabilité de son activité.
Le changement intervient avec son intégration dans le projet Rwanda Dairy Development Project Phase II (RDDP2), un programme du gouvernement du Rwanda, en partenariat avec le Fonds international de développement agricole (FIDA/IFAD), mis en œuvre par le Ministère de l’Agriculture et des Ressources animales (MINAGRI) à travers le Rwanda Agriculture and Animal Resources Development Board (RAB).
Grâce à ce projet, Ngendahayo reçoit des semences de fourrages améliorés ainsi que des formations sur leur culture, leur gestion, leur récolte et leur utilisation optimale.
Il débute avec une petite parcelle de 20 mètres sur 20, mais les résultats positifs l’encouragent à agrandir progressivement ses activités.
Aujourd’hui, il exploite près de deux hectares de fourrage, cultivant différentes variétés telles que Chloris gayana, Brachiaria, Panicum, Napier 1112, Mucuna et Desmodium.
Selon lui :« Le RDDP2 nous a apporté des semences et des connaissances. Nous avons compris qu’une vache a besoin d’une alimentation équilibrée, comme un être humain, pour produire efficacement. »
Les formations reçues lui permettent désormais de formuler une ration équilibrée composée d’environ 75 % d’aliments énergétiques et 25 % de protéines, améliorant considérablement la production laitière.

Les fourrages cultivés par Ngendahayo lui permettent de générer des revenus, en plus de nourrir son bétail.
Les résultats ne tardent pas à se faire sentir. Une seule de ses vaches peut aujourd’hui produire plus de 10 litres de lait par jour, contre 1 à 1,5 litre auparavant.
Il explique « Aujourd’hui, il n’y a aucune comparaison possible entre les revenus d’hier et ceux d’aujourd’hui. Les vaches sont bien nourries et produisent beaucoup plus ».
Au-delà de l’élevage, Ngendahayo s’est lancé dans la production et la commercialisation de semences fourragères. Une activité devenue une véritable source de revenus.
Il vend désormais des semences améliorées à d’autres éleveurs du district de Gatsibo et d’ailleurs, à raison d’environ 5 000 francs rwandais le kilogramme.
Il affirme avoir déjà réalisé des revenus importants, dont une vente lui ayant rapporté près de deux millions de francs rwandais.
Il dit :« Le fourrage n’est plus seulement destiné à nourrir les animaux. C’est devenu une activité commerciale rentable qui soutient aussi d’autres éleveurs ».
Cette activité lui a également permis de créer de l’emploi pour une dizaine de personnes qui travaillent en permanence avec lui.
Malgré ces avancées, Ngendahayo n’a pas encore atteint tous ses objectifs. Il prévoit la construction d’un grand hangar de stockage ainsi que l’acquisition de machines de séchage et de conditionnement des fourrages.
Son ambition est de garantir la disponibilité du fourrage même en période de sécheresse.
Il souhaite également continuer à soutenir d’autres éleveurs en facilitant l’accès aux semences améliorées.
Ngendahayo invite les éleveurs à accorder une importance particulière à la production de fourrage, qu’il considère comme la base d’un élevage rentable.
Il souligne « Beaucoup investissent dans de bonnes vaches, mais oublient que la production dépend avant tout de l’alimentation. Investir dans le fourrage, c’est investir dans le lait, les revenus et le développement du ménage ».
L’histoire de Ngendahayo Ismael illustre l’impact positif du projet RDDP2, qui vise à transformer durablement l’élevage laitier au Rwanda.
Le projet cible plus de 175 000 ménages dans 27 districts, avec pour objectifs l’augmentation des revenus des ménages de 30 %, la création de milliers d’emplois et l’amélioration de la chaîne de valeur laitière grâce à une meilleure alimentation animale et à la formation des éleveurs.
Pour Ngendahayo, le changement commence par un changement de mentalité : considérer le fourrage non pas comme une simple culture, mais comme un véritable investissement.
Son parcours démontre qu’avec des connaissances, un accompagnement adéquat et une vision claire, un éleveur peut passer de la subsistance à une véritable réussite entrepreneuriale durable.

