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Génocide contre les Tutsi : Le diocèse de Shyira condamne les pasteurs et chrétiens impliqués

À l’occasion de la 32ᵉ commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, les responsables et fidèles de l’Église anglicane du Rwanda (EAR), diocèse de Shyira, ont fermement condamné les pasteurs et les chrétiens qui ont pris part aux massacres, estimant que leurs actes constituent une grave trahison des valeurs chrétiennes fondées sur l’amour, la compassion et le respect de la vie humaine.

La cérémonie, organisée dans le district de Musanze, a rassemblé des responsables religieux, des fidèles, des rescapés du génocide ainsi que de nombreux habitants venus rendre hommage aux victimes et réfléchir aux leçons à tirer de cette tragédie.

Les participants ont d’abord observé un moment de recueillement au Mémorial du génocide de Musanze, où reposent plus de 800 victimes du génocide contre les Tutsi.

Prenant la parole, l’évêque du diocèse de Shyira, Mgr Augustin Ahimana, a rappelé que la mémoire du génocide demeure une responsabilité collective pour tous les Rwandais. Il a souligné que les croyants sont appelés à défendre la dignité humaine et à protéger la vie de leur prochain, raison pour laquelle la participation de certains chrétiens et responsables religieux au génocide reste profondément condamnable.

Il a déclaré « Nous condamnons les pasteurs et les chrétiens qui ont participé au génocide contre les Tutsi. La foi authentique doit toujours se traduire par l’amour du prochain, le respect de la vie humaine et la protection des plus vulnérables. Cette tragédie doit nous amener à examiner notre conscience et à nous assurer que notre foi repose réellement sur les valeurs de Dieu ».

Mgr Ahimana a également rendu hommage aux hommes et aux femmes de foi qui ont fait preuve de courage en cachant et en protégeant des personnes pourchassées durant le génocide. Il a par ailleurs appelé les auteurs des crimes ainsi que toute personne détenant des informations sur les lieux où les victimes ont été abandonnées à contribuer à la recherche de la vérité afin que celles-ci puissent recevoir une sépulture digne.

Il a ajouté « Nous saluons ceux qui ont risqué leur vie pour sauver les personnes traquées. Mais nous demandons aussi à ceux qui ont participé au génocide ou qui connaissent l’emplacement des corps des victimes de révéler ces informations afin qu’elles puissent être inhumées dans la dignité ».

De son côté, le Vice-président d’IBUKA dans le district de Musanze, Fidèle Karemanzira, a souligné que le génocide contre les Tutsi a mis en lumière les graves défaillances de certains responsables religieux et fidèles qui n’ont pas assumé leur devoir de protection envers les personnes placées sous leur responsabilité.

Il a affirmé. « IBUKA condamne les pasteurs et les chrétiens qui ont trahi ou tué ceux qu’ils étaient censés protéger. Le génocide contre les Tutsi demeure une tragédie qui montre jusqu’où peuvent conduire la haine, l’exclusion et la discrimination lorsqu’elles ne sont pas combattues ».

Il a toutefois salué le courage de nombreux religieux et fidèles qui ont choisi de protéger les personnes menacées au péril de leur propre vie.

Il a déclaré « Nous ne devons jamais oublier ceux qui ont sauvé des vies. Ils ont incarné les valeurs de l’humanité dans une période où d’autres avaient renoncé à ces principes ».

Parmi les témoignages marquants de cette cérémonie figure celui de Nyiraneza Justine, rescapée du génocide contre les Tutsi. Elle a estimé que, trente-deux ans après les événements, les Rwandais doivent continuer à renforcer l’unité et la réconciliation afin de prévenir toute résurgence de l’idéologie génocidaire.

Elle a déclaré « Le génocide nous a laissé de profondes blessures, mais il nous a aussi enseigné l’importance de l’unité et de l’amour entre les Rwandais. Nous remercions sincèrement les soldats du RPA-Inkotanyi qui ont mis fin au génocide et sauvé les survivants. Aujourd’hui, nous avons la responsabilité de poursuivre la construction d’un Rwanda fondé sur l’unité, le pardon et le refus de toute forme de division ».

S’adressant particulièrement aux jeunes, elle les a exhortés à connaître l’histoire réelle du génocide contre les Tutsi afin d’en tirer les leçons nécessaires pour protéger les générations futures.

Elle  a ajouté « La jeunesse représente l’avenir du Rwanda. Elle doit connaître notre histoire, combattre l’idéologie du génocide sous toutes ses formes et contribuer à bâtir une nation fondée sur l’unité, la vérité et la résilience ».

Les fidèles présents ont également exprimé leur indignation face au rôle joué par certains chrétiens et responsables religieux dans les massacres de 1994.

Marie Chantal Mukandayisenga, fidèle du diocèse de Shyira, a estimé que cette tragédie rappelle aux croyants l’importance de mettre en pratique les valeurs qu’ils professent.

Elle a indiqué « Il est douloureux de constater que certaines personnes ont prié aux côtés de ceux qu’elles ont ensuite trahis ou tués. Cela nous enseigne que la foi doit toujours s’accompagner d’actes concrets d’amour et d’humanité ».

Pour sa part, Emmanuel Ndayambaje a souligné que les chrétiens ont le devoir moral de condamner sans ambiguïté le génocide contre les Tutsi et son idéologie.

Il a déclaré « Nous devons dire la vérité sur notre histoire et condamner clairement tous ceux qui ont participé au génocide contre les Tutsi. La commémoration nous rappelle notre responsabilité collective de faire en sorte qu’une telle tragédie ne se reproduise jamais ».

Les participants ont conclu que les Églises et les organisations religieuses doivent continuer à promouvoir les valeurs de l’amour, de l’unité et de la réconciliation, tout en sensibilisant les fidèles à la lutte contre l’idéologie du génocide. Ils ont également réaffirmé que les pasteurs et les chrétiens ayant participé au génocide contre les Tutsi demeurent condamnés pour avoir renié les principes fondamentaux de la foi qu’ils étaient appelés à défendre.