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Musanze : Muhisimbi accompagne les jeunes mères victimes de grossesses non planifiées vers l’autonomie

Au Rwanda, l’organisation Muhisimbi Voice of the Youth in Conservation contribue à l’amélioration des conditions de vie des femmes en milieu rural, en accordant une attention particulière aux jeunes filles qui ont connu une grossesse non planifiée et sont devenues mères alors qu’elles étaient encore très jeunes. À travers un accompagnement psychosocial, des formations professionnelles et un appui matériel, elle les aide à surmonter les difficultés rencontrées, à développer des activités génératrices de revenus et à reconstruire leur avenir.

Cette initiative a notamment été mise en avant à l’occasion de la Journée internationale des femmes rurales, qui rappelle l’importance de renforcer les capacités économiques et sociales des femmes et de leur offrir des possibilités concrètes d’autonomisation.

Vestine Mukasine, originaire de la cellule de Ninda, dans le secteur de Nyange, district de Musanze, fait partie des jeunes femmes qui affirment avoir retrouvé confiance en elles grâce à l’accompagnement de cette organisation.

Elle explique qu’après être tombée enceinte sans l’avoir prévu et avoir accouché, elle a subi des humiliations et des pressions au sein de sa famille. Cette situation avait également affecté l’image qu’elle avait d’elle-même et sa confiance en l’avenir.

Elle témoigne : « Avant de rejoindre Muhisimbi Voice of the Youth in Conservation, je vivais dans des conditions très difficiles. Je ne mangeais pas à ma faim et les membres de ma famille me reprochaient constamment d’avoir donné naissance à un enfant dont ils ne connaissaient pas le père, puisque je ne leur avais pas révélé l’identité de l’homme qui m’avait mise enceinte ».

Elle raconte que son intégration au sein de l’organisation lui a permis de bénéficier d’un accompagnement psychologique et d’apprendre un métier susceptible de lui assurer des revenus.

« À mon arrivée, ils m’ont écoutée et conseillée sur la manière de faire face à mes difficultés. Ensuite, j’ai appris à développer un projet pour subvenir à mes besoins et j’ai suivi une formation en couture. À la fin de la formation, nous avons reçu un appui qui nous a permis d’acheter des machines à coudre, des tissus et d’autres équipements nécessaires à notre activité. »

Elle ajoute : « Aujourd’hui, je parviens à gagner de l’argent grâce à la couture. Je le dois à cette organisation, qui m’a soutenue et m’a également aidée à retrouver un équilibre grâce à l’accompagnement psychosocial ».

Pour Vestine Mukasine, cet accompagnement ne se limite pas à l’apprentissage d’un métier. Il lui a également permis de sortir de l’isolement, de retrouver confiance en elle et d’envisager l’avenir avec davantage de sérénité.

Vestine Mukasine se réjouit du soutien apporté par Muhisimbi.

Elle souligne par ailleurs que l’organisation contribue à la scolarisation des enfants de ces jeunes mères et soutient celles qui souhaitent poursuivre leurs études. L’objectif est de leur permettre d’atteindre le niveau de formation correspondant à leurs capacités et à leurs résultats scolaires.

Des familles qui retrouvent espoir

Le soutien apporté aux jeunes mères contribue également à soulager leurs parents, qui doivent souvent faire face aux conséquences sociales et économiques d’une grossesse non planifiée survenue alors que leur fille était encore très jeune.

Une mère dont la fille a connu une telle situation explique que, dans un premier temps, elle s’inquiétait de la manière dont elle pourrait continuer à subvenir aux besoins de son enfant et de son petit-enfant.

Elle indique que sa fille dépendait encore d’elle pour se procurer des vêtements, des produits d’hygiène et d’autres articles essentiels, alors qu’elle devait elle-même assumer les autres charges du ménage.

« Après la grossesse et la naissance de l’enfant, nous avons traversé une période difficile. Ma fille était encore jeune et ne pouvait pas subvenir à ses propres besoins. Je devais lui acheter des vêtements et d’autres produits indispensables, tout en continuant à assumer mes responsabilités familiales.

Elle témoigne : « Depuis qu’elle bénéficie de l’accompagnement de Muhisimbi Voice of the Youth in Conservation, elle apprend et mène des activités qui pourront lui permettre de devenir autonome. Je suis heureuse de constater qu’elle ne me demande plus constamment de l’argent pour acheter des vêtements ou des produits cosmétiques. Elle commence à prendre sa vie en main et à retrouver confiance en l’avenir ».

Préserver l’environnement tout en améliorant les conditions de vie

Emmanuel Harelimana, Responsable de Muhisimbi Voice of the Youth in Conservation, une organisation rwandaise basée dans le secteur de Kinigi, dans le district de Musanze, estime que la protection de l’environnement doit aller de pair avec l’amélioration des conditions de vie des communautés.

Il explique-t-il « Nous menons habituellement des activités de protection de l’environnement, mais nous avons compris qu’il n’était pas possible de préserver durablement la nature en laissant les populations de côté. Ce sont aussi les habitants qui vivent au contact de cet environnement et qui contribuent à sa conservation. C’est pourquoi nous associons ces actions à des initiatives visant à améliorer leurs conditions de vie, particulièrement celles des femmes et des jeunes filles en milieu rural ».

Il précise que l’organisation a consacré une partie de ses activités à la promotion de l’autonomisation des femmes rurales, notamment à travers des initiatives organisées à l’occasion de cette journée, au cours de la semaine précédente et de celle qui l’a suivie.

Il indique :« Nous avons mobilisé une enveloppe de six millions de francs rwandais pour différentes activités destinées à soutenir les femmes rurales ».

Selon Emmanuel Harelimana, ces initiatives comprennent notamment l’accompagnement d’environ six groupes de jeunes filles devenues mères à la suite de grossesses non planifiées alors qu’elles étaient encore très jeunes. Certaines ont commencé à développer de petites activités génératrices de revenus, notamment dans le domaine de la couture.

Ces jeunes femmes ont bénéficié d’un appui financier et matériel destiné à renforcer leurs activités. L’organisation a également distribué du petit bétail, notamment des moutons, afin de diversifier les possibilités de revenus et de renforcer les moyens de subsistance des bénéficiaires.

Pour le responsable, l’ambition est de dépasser l’aide ponctuelle en donnant aux femmes les moyens de devenir progressivement autonomes et de participer davantage au développement de leurs familles.

Les conflits familiaux, un facteur de vulnérabilité des jeunes filles

Emmanuel Harelimana souligne également que les conflits au sein des ménages et le manque d’encadrement parental peuvent exposer les enfants à des situations dangereuses et compromettre leur avenir.

Il affirme : « Certaines jeunes filles confrontées à des grossesses non planifiées viennent de familles marquées par des conflits. Dans certains foyers, l’alcoolisme d’un parent et le manque de suivi des enfants peuvent contribuer à leur vulnérabilité. Il arrive que des enfants passent la nuit dehors, sans la protection nécessaire. Lorsque les responsabilités parentales ne sont pas assumées, les jeunes peuvent se retrouver exposés à différents risques ».

Il appelle ainsi les parents à assumer pleinement leurs responsabilités éducatives, à suivre leurs enfants, à dialoguer avec eux et à les protéger contre les situations susceptibles de compromettre leur avenir.

Selon lui, la stabilité des familles constitue un élément essentiel du développement de la société.

Il conclut : « La famille est le fondement du développement national. Lorsqu’un ménage est fragilisé et que ses membres ne vivent pas en sécurité, cela peut avoir des conséquences sur l’ensemble de la société. C’est pourquoi nous continuons à contribuer à l’autonomisation des femmes rurales et au renforcement des familles ».

L’autonomie des jeunes mères, un investissement pour l’avenir

L’expérience de Muhisimbi Voice of the Youth in Conservation met en lumière l’importance d’un accompagnement global des jeunes filles devenues mères après une grossesse non planifiée. Au-delà de l’aide matérielle immédiate, l’accès à un soutien psychosocial, à une formation professionnelle, à la poursuite des études et à des activités génératrices de revenus peut leur permettre de retrouver confiance en elles et de construire une vie plus stable pour elles-mêmes et leurs enfants.

L’autonomisation des femmes rurales passe ainsi par des actions concrètes qui leur permettent de développer leurs compétences, de renforcer leur indépendance économique et de participer pleinement au développement de leur famille et de leur communauté.