Musanze : Cyuve des riverains dénoncent les nuisances des usines de carrières
À Cyanya, un Village du secteur de Cyuve, dans le District de Musanze, au Nord du Rwanda, des habitants dénoncent les effets de la poussière et du bruit générés par des usines produisant des pavés et des carreaux à partir de pierres volcaniques locales, connues sous le nom d’amakoro. Ils estiment que ces activités industrielles affectent leur santé, perturbent la scolarité des enfants et détériorent leur qualité de vie.
Selon les riverains, les usines fonctionnent sans interruption, de jour comme de nuit. Le bruit des machines et la poussière produite lors de la découpe des pierres envahissent les habitations, rendant le quotidien de plus en plus difficile.
Agnes Nyirabahashyi raconte :« Dès que les machines démarrent, nous perdons toute tranquillité. Elles tournent jour et nuit. La poussière pénètre dans nos maisons, le linge propre se salit à nouveau et nous souffrons constamment de la toux. La nuit, il devient presque impossible de dormir à cause du bruit », témoigne Agnes Nyirabahashyi, une habitante vivant à proximité des installations.
Elle affirme que les enfants subissent eux aussi les conséquences de cette situation. Elle explique :« Ils ont du mal à réviser leurs leçons ou à faire leurs devoirs à la maison, car le bruit est permanent »

Agnes Nyirabahashyi affirme que la poussière s’infiltre jusque dans leurs maisons
Pour Mbonimpa Evariste, les habitants ne remettent pas en cause les investissements privés, mais demandent que le développement économique soit compatible avec la protection de la santé publique.
Il déclare « Nous ne sommes pas contre les investisseurs. Nous souhaitons simplement que leurs activités respectent les populations voisines. Certaines personnes souffrent de maux de tête fréquents, d’autres d’une toux persistante. Nous demandons une solution durable ».
Interrogé sur ces plaintes, Nizerimana François, propriétaire de l’une des usines concernées, affirme que les exploitants n’avaient jamais été officiellement informés de ces préoccupations.
Il indique :« Nous avons acquis ce terrain légalement et obtenu les autorisations nécessaires. Nous exerçons ici depuis environ neuf mois et c’est la première fois que nous entendons parler de ce problème. Si nos activités sont effectivement à l’origine de ces nuisances, nous sommes prêts à travailler avec les autorités afin de trouver une solution, y compris un éventuel déplacement de l’usine si cela s’avère nécessaire ».

La poussière provenant des usines nuit aux cultures des habitants.
Les autorités locales assurent qu’elles vont examiner le dossier
La Vice-Maire du district de Musanze chargée du développement économique, Uwanyirigira Clarisse, indique que les services compétents vérifieront si ces usines disposent de toutes les autorisations requises pour exercer leurs activités dans une zone habitée.
Elle affirme : « Aucun citoyen ne devrait vivre dans un environnement mettant en péril sa sécurité ou sa santé. Nous allons collaborer avec les institutions concernées afin d’identifier les mesures appropriées ».
Les préoccupations exprimées par les habitants rejoignent les conclusions de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Dans ses publications de 2024, l’organisation souligne que l’exposition prolongée au bruit environnemental, notamment d’origine industrielle, accroît les risques de troubles du sommeil, de stress chronique, d’hypertension artérielle, de maladies cardiovasculaires et de baisse des capacités de concentration. Chez les enfants, cette exposition peut également nuire aux performances scolaires et aux capacités d’apprentissage.
L’OMS met également en garde contre les particules fines PM10 et PM2.5 issues de la pollution atmosphérique. Les PM10, d’un diamètre inférieur à 10 micromètres, et les PM2.5, encore plus fines, peuvent pénétrer profondément dans les poumons. Les PM2.5 sont capables d’atteindre la circulation sanguine, augmentant ainsi les risques de maladies respiratoires, cardiovasculaires et d’autres pathologies chroniques. Les enfants, les personnes âgées et les personnes souffrant déjà de maladies respiratoires figurent parmi les populations les plus vulnérables.
Dans l’attente d’une réponse des autorités, plusieurs habitants s’interrogent sur les conditions d’implantation de ces usines, notamment sur la réalisation d’une étude d’impact environnemental préalable et sur le respect des normes encadrant les activités industrielles à proximité des zones d’habitation.
Les riverains insistent toutefois sur le fait qu’ils ne demandent pas la fermeture des usines. Ils souhaitent avant tout que le développement industriel s’accompagne de mesures efficaces destinées à protéger la santé des populations et l’environnement, conformément à la législation rwandaise.

