Rwanda : d’anciens enfants des groupes armés en RDC tournent le dos à la haine
Vingt-deux des vingt-quatre enfants anciennement associés à des groupes armés opérant dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ont retrouvé leurs familles après avoir achevé un programme de réintégration au Centre de Mutobo, dans le nord du Rwanda. Ils affirment avoir grandi dans un environnement où les discours de haine et les divisions ethniques étaient omniprésents, mais disent aujourd’hui vouloir construire leur avenir dans un Rwanda fondé sur l’unité.
Ces jeunes racontent avoir été élevés dans les forêts de l’est de la RDC, où certains ont été recrutés de force alors qu’ils étaient encore mineurs. Ils expliquent avoir reçu une formation militaire accompagnée de messages les incitant à considérer certains Rwandais comme des ennemis en raison de leur appartenance ethnique.
Habakuki Irasubiza, 18 ans, originaire du district de Gasabo, affirme avoir été enrôlé dans les rangs des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) à l’âge de 14 ans après avoir été emmené de force de son domicile.
« On me disait que la RDC n’était pas mon pays, que ma véritable patrie était le Rwanda et que je ne pourrais y retourner qu’en prenant les armes contre ceux que l’on présentait comme nos ennemis. J’ai combattu, mais j’ai compris qu’il n’y avait aucun avenir dans cette guerre et j’ai décidé de rentrer », raconte-t-il.
Il explique que sa décision de revenir au Rwanda a été renforcée lorsqu’il a appris que plusieurs membres de sa famille vivaient déjà dans le pays sans subir les persécutions qui lui avaient été annoncées.
« J’avais peur de revenir parce qu’on nous disait que nous serions tués dès notre arrivée. À Mutobo, j’ai été accueilli avec respect. J’y ai reçu une assistance ainsi que des cours d’éducation civique, notamment dans le cadre du programme Ndi Umunyarwanda. J’ai découvert que ce qu’on nous avait enseigné ne correspondait pas à la réalité. Aujourd’hui, je sais que la haine ne mène nulle part », ajoute-t-il.
Frank Imanizabayo, 19 ans, estime que transmettre la haine à des enfants détruit leur avenir.
« Nous avons grandi en croyant que certains Rwandais étaient nos ennemis uniquement à cause de leur origine. On nous disait que notre génération devait reprendre les armes. Les formations suivies à Mutobo m’ont permis de comprendre que ces idées étaient fausses. J’ai choisi de vivre comme un Rwandais, sans haine ni discrimination », affirme-t-il.
Pour les familles, ces retrouvailles marquent la fin de longues années d’incertitude.
Angélique Maniriho, originaire du district de Rubavu, raconte que lorsqu’elle vivait dans l’est de la RDC, des combattants des FDLR emmenaient régulièrement des enfants pour les intégrer de force dans leurs rangs.
« J’avais perdu tout espoir de revoir mon enfant. Nous nous sommes retrouvés à Mutobo. Aujourd’hui, il rentre à la maison après avoir reçu une formation professionnelle et un accompagnement qui lui permettront de reconstruire sa vie », explique-t-elle.
Elle souhaite que d’autres enfants encore présents au sein de groupes armés puissent également rentrer et bénéficier d’un programme de réintégration similaire.
Le Centre de Mutobo relève de la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration (RDRC). Il accueille d’anciens combattants et d’anciens membres de groupes armés afin de leur offrir un accompagnement psychosocial, une éducation civique, des formations professionnelles et un appui à leur réinsertion.
Lors de la cérémonie de réunification familiale, la Présidente de la Commission, Valérie Nyirahabineza, a déclaré que ce programme vise à aider ces enfants à surmonter les traumatismes liés à leur passé, à retrouver confiance en eux et à se reconstruire après leur sortie des groupes armés.

L’une des jeunes filles réunifiées avec sa famille au Centre de Mutobo a reçu des articles de première nécessité
La Presidente a ajouté que les bénéficiaires reçoivent également des effets de première nécessité destinés à faciliter leur réintégration et a invité leurs familles à poursuivre leur accompagnement afin qu’ils deviennent des citoyens engagés dans une société fondée sur l’unité, la réconciliation et le développement.

