RDC-Rwanda : le Rwanda affirme que le FDLR empêche toujours le retour de réfugiés rwandais
Alors que 3 752 réfugiés rwandais ont déjà regagné leur pays depuis le début de l’année 2026, le gouvernement rwandais affirme que d’autres réfugiés vivant dans des zones contrôlées par les autorités congolaises restent empêchés de rentrer au Rwanda, en raison de la présence et de l’influence du groupe armé FDLR.
Selon les autorités rwandaises, les personnes déjà rapatriées sont principalement arrivées de zones contrôlées par l’AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Elles ont bénéficié de l’appui du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO).
Le Ministre Rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Jean Patrick Nduhungirehe, a soulevé cette question en réaction à un reportage de Radio France Internationale (RFI) consacré au retour des réfugiés rwandais depuis la RDC.
Le Ministre a insisté sur le fait que les 3 752 réfugiés déjà rentrés au Rwanda provenaient de zones contrôlées par l’AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Il affirme en revanche que les réfugiés vivant dans les zones sous contrôle des autorités congolaises ne bénéficient pas des mêmes possibilités de retour.
Olivier Jean Patrick Nduhungirehe a déclaré « Pour les réfugiés qui vivent dans les zones protégées par le gouvernement [congolais], ils sont toujours pris en otage par les génocidaires du FDLR, qui les empêchent de rentrer au pays et les maintiennent dans des conditions difficiles ».
Le Ministre a également reproché à RFI d’avoir accordé de l’importance aux déclarations de certaines organisations qui, selon lui, se présentent comme proches des réfugiés mais cherchent à empêcher leur retour au Rwanda.
Ces accusations formulées par le gouvernement rwandais sont contestées par les organisations représentant les réfugiés et doivent être replacées dans le contexte plus large des tensions persistantes entre Kigali et Kinshasa.
RFI évoque des critiques sur le processus de retour
Dans son reportage, RFI a notamment rapporté les préoccupations exprimées par des organisations représentant des réfugiés au sujet du processus de retour et des conditions dans lesquelles certains réfugiés sont transférés vers le Rwanda.
Le sujet intervient alors que les autorités rwandaises, le gouvernement congolais et les agences des Nations unies cherchent à organiser le retour volontaire des réfugiés rwandais installés depuis plusieurs années en RDC.
Pour Kigali, présenter uniquement les retours déjà effectués sans évoquer les réfugiés qui se trouvent encore dans des zones contrôlées par les autorités congolaises donne une image incomplète de la situation.
120 anciens membres du FDLR et membres de leurs familles rentrent au Rwanda
Le 8 Septembre 2026, une autre opération menée avec l’appui de la MONUSCO a permis le transfert vers le Rwanda de 120 personnes.
Parmi elles figuraient 51 anciens combattants du FDLR et 69 membres de leurs familles.
À leur arrivée au Rwanda, ils ont été conduits au centre de démobilisation et de réintégration de Mutobo, dans le district de Musanze.
Ils y suivent un programme destiné à faciliter leur retour à la vie civile. Celui-ci comprend notamment des séances d’éducation civique ainsi que des formations professionnelles destinées à leur permettre de reprendre une activité et de retrouver progressivement leur autonomie.
Des anciens membres du FDLR disent avoir été dissuadés de rentrer
Les témoignages de plusieurs personnes ayant achevé leur processus de réintégration à Mutobo donnent un autre éclairage sur les raisons qui les auraient poussées à rester pendant des années dans les forêts de l’est de la RDC.
Selon ces témoignages, certains anciens membres du FDLR avaient été exposés à des informations leur faisant croire qu’un retour au Rwanda pouvait entraîner leur arrestation, leur mort ou leur disparition.
Après leur retour, certains disent regretter les années passées loin de leur pays et les conséquences de cette situation sur leurs familles.
Ils évoquent notamment des enfants privés d’une scolarité normale et des jeunes qui ont fini par rejoindre des groupes armés alors que, selon eux, le Rwanda restait prêt à accueillir ceux qui souhaitaient rentrer.
Le gouvernement rwandais présente aujourd’hui le programme de Mutobo comme un dispositif destiné à aider les anciens membres des groupes armés à retrouver une vie civile et à se réinsérer dans la société.
Le FDLR au cœur des enjeux sécuritaires régionaux
La question du retour des réfugiés rwandais reste étroitement liée à celle du FDLR, que le Rwanda considère comme une menace pour sa sécurité et celle de la région des Grands Lacs.
Kigali accuse depuis plusieurs années ce groupe armé, dont certains membres sont issus des anciennes forces et milices impliquées dans le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994, de maintenir une présence armée dans l’est de la RDC.
Le Gouvernement Congolais et d’autres acteurs de la région ont, de leur côté, régulièrement rejeté certaines accusations formulées par Kigali concernant leurs relations avec les groupes armés opérant dans l’est de la RDC.
La présence persistante de groupes armés dans cette région demeure ainsi l’un des principaux obstacles aux efforts visant à instaurer une paix durable entre la RDC et le Rwanda.
Les engagements de Washington en ligne de mire
La question du FDLR figure également parmi les enjeux sécuritaires abordés dans le processus de paix entre la RDC et le Rwanda.
Les accords de Washington, signés le 4 décembre 2025, prévoient notamment des engagements liés à la sécurité, au désarmement des groupes armés et au retour des réfugiés.
Le Rwanda affirme qu’il est prêt à apporter sa contribution aux efforts visant à restaurer une paix durable dans la région des Grands Lacs.
Dans le cadre de ces engagements, le gouvernement rwandais maintient toutefois que ses mesures de sécurité le long de la frontière sont liées à la menace représentée par le FDLR.
Selon Kigali, ces mesures pourront être levées lorsque le groupe armé ne représentera plus une menace pour la sécurité du Rwanda et de la région.
Le retour des réfugiés rwandais apparaît ainsi comme l’un des dossiers humanitaires étroitement liés aux questions de sécurité, au désarmement des groupes armés et à la mise en œuvre des engagements pris entre la RDC et le Rwanda.
Au-delà des déclarations des différentes parties, la réussite du processus dépendra notamment de la capacité à garantir aux réfugiés des conditions permettant un retour volontaire, sûr et digne, tout en s’attaquant aux causes sécuritaires qui prolongent leur déplacement.

