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Gicumbi : Un centre allie amélioration des moyens de subsistance et protection de la zone humide de Rugezi

Dans le Secteur de Miyove, dans le District de Gicumbi, un nouveau centre a été construit afin d’offrir aux communautés locales, en particulier aux femmes actives dans la couture et le tissage, un espace permanent pour travailler, exposer et commercialiser leurs produits.

L’initiative vise à améliorer les moyens de subsistance des populations riveraines tout en les orientant vers des activités économiques durables susceptibles de contribuer à la protection de la zone humide de Rugezi.

Construit à proximité de cette zone humide grâce à un partenariat entre la Province du Nord et la Rwanda Wildlife Conservation Association (RWCA), le centre représente un investissement de 269 millions de francs rwandais.

Le projet repose sur une approche selon laquelle la protection de la zone humide et de sa biodiversité passe également par l’amélioration des conditions de vie des communautés qui vivent à proximité.

Le centre accueillera deux coopératives féminines, Miyove Sewing Women Cooperative et Dukunde Umurimo Twiteze Imbere Rugezi Cooperative.

Au total, 45 femmes membres de ces deux coopératives pourront y travailler sans payer de loyer. La RWCA leur a également fourni des équipements, notamment des machines à coudre.

Avant la construction du centre, certaines femmes travaillaient à domicile ou dans des locaux provisoires mis à leur disposition, ce qui pouvait entraîner des interruptions lorsque ces espaces étaient nécessaires à d’autres activités.

Pour Uzarama Yvette, présidente de Miyove Sewing Women Cooperative, qui regroupe 30 femmes des secteurs de Miyove et Nyankenke, le nouveau centre leur offre désormais un espace de travail plus stable.

Elle explique : « Ici, nous pourrons travailler chaque jour et à tout moment, sauf lorsqu’il n’y aura personne pour travailler dans ce centre ».

L’emplacement du centre, à proximité de la route Base-Gicumbi-Nyagatare, constitue également une opportunité commerciale pour les coopératives. Les voyageurs pourront s’y arrêter pour découvrir ou acheter les produits fabriqués par les femmes.

Rukundo Elina, membre de la coopérative Dukunde Umurimo Twiteze Imbere Rugezi, explique qu’auparavant, les membres travaillaient chacune chez elle.

Elle témoigne : « Nous travaillions chacune chez nous. Maintenant, nous sommes installées près de la route et nous aurons davantage de possibilités de trouver des clients. Nous sommes très heureuses de l’attention que les autorités nous accordent. Elles nous ont également trouvé une personne qui pourra nous aider à vendre nos produits, notamment parce que nous avons parfois des difficultés à communiquer avec les visiteurs étrangers ».

Selon elle, la mise à disposition d’un espace commun et l’accompagnement dans la recherche de débouchés devraient permettre aux femmes d’augmenter leur production et leurs revenus.

Au-delà de la création d’un espace de travail, le projet cherche à établir un lien entre développement économique local et conservation de l’environnement.

Certaines femmes bénéficiaires étaient auparavant engagées dans diverses activités autour de la zone humide, dont certaines pouvaient exercer une pression sur l’environnement, notamment en raison du manque d’alternatives économiques suffisantes.

L’accès à des activités génératrices de revenus plus durables leur offre ainsi une possibilité de développer leurs moyens de subsistance tout en réduisant leur dépendance à des activités susceptibles de dégrader la zone humide.

Rukundo affirme que les bénéficiaires comprennent aujourd’hui davantage l’importance de Rugezi pour les communautés et la biodiversité.

Elle raconte : « Nous ne pouvons pas continuer à détruire la zone humide de Rugezi parce qu’elle est devenue très importante pour nous. Elle abrite de nombreux êtres vivants. Avant, lorsque nous allions y chercher de l’herbe, nous pouvions rencontrer des animaux et même les tuer sans le vouloir ».

Elle estime également que la zone humide représente une opportunité pour développer le tourisme local, les visiteurs pouvant devenir des clients des produits fabriqués par les femmes vivant dans les environs.

Le Directeur général de la RWCA, Dr Olivier Nsengimana, affirme que la construction du centre s’inscrit dans une approche qui considère l’amélioration des conditions de vie des populations comme un élément essentiel de la conservation.

Il souligne :« Nous avons constaté que si nous voulons atteindre nos objectifs de conservation de la zone humide de Rugezi et des grues couronnées, nous devons d’abord nous occuper des communautés ».

Selon lui, l’objectif est de créer des possibilités économiques permettant aux populations de générer des revenus sans recourir à des activités susceptibles de dégrader la zone humide ou les espèces qui y vivent.

Le directeur général de la RWCA, Dr Olivier Nsingimana, a indiqué que la construction de ce centre vise à aider les communautés locales à poursuivre leurs efforts de protection de la zone humide de Rugezi.

La RWCA prévoit de poursuivre son accompagnement à travers des formations, l’accès aux marchés et un appui au développement des activités des coopératives.

Dr Nsengimana précise que les 269 millions de francs rwandais investis dans le projet ont notamment servi à construire et équiper le centre, à fournir des machines à coudre et à financer des formations destinées aux femmes pendant une période de plus de six mois.

Le Gouverneur de la Province du Nord, Maurice Mugabowagahunde, estime que le centre pourrait également contribuer à renforcer les activités commerciales et touristiques dans la zone, notamment grâce à sa proximité avec la route Base-Gicumbi-Nyagatare.

Il affirme « Nous constatons que ces infrastructures vont transformer ce centre de Miyove et contribuer au développement du district de Gicumbi. Je le dis parce que les personnes qui y travaillent commencent déjà à en tirer profit, puisqu’elles disposent désormais d’un marché ».

Selon lui, les voyageurs empruntant cette route avaient déjà signalé le manque d’endroits où s’arrêter pour acheter des produits locaux ou prendre une boisson.

Il ajoute-t-il. « C’est aussi une opportunité pour le tourisme. Les personnes qui empruntent la route Base-Gicumbi-Nyagatare nous disaient souvent qu’elles ne trouvaient pas d’endroit où s’arrêter pour acheter du thé ou du jus. Désormais, elles pourront acheter les produits fabriqués par les femmes et prendre du thé sur place ».

Le Gouverneur souligne également que la protection de la zone humide de Rugezi fait partie des initiatives visant à renforcer son potentiel de conservation, avec l’ambition qu’elle puisse, à terme, accéder au statut de parc national.

Située entre les Districts de Gicumbi et de Burera, la zone humide de Rugezi constitue l’un des écosystèmes importants du Rwanda pour la conservation de la biodiversité.

Elle abrite plusieurs espèces d’oiseaux, notamment les grues couronnées, ainsi que d’autres espèces liées aux zones humides. Elle joue également un rôle important pour les communautés riveraines et pour l’environnement au niveau national.

Le dixième recensement national consacré au suivi des grues couronnées et à leur conservation, réalisé en 2026, a dénombré 1 438 grues couronnées au Rwanda, contre environ 300 individus encore présents à l’état sauvage en 2015.

Cette progression est intervenue dans un contexte de renforcement des mesures de protection des oiseaux et de leurs habitats.

La zone humide de Rugezi abriterait à elle seule près d’un quart des grues couronnées recensées au Rwanda, ce qui renforce son importance dans les efforts de conservation de la biodiversité.

Mais pour les autorités et les organisations engagées dans la protection de Rugezi, la conservation ne peut pas se limiter à la protection de la faune et de la flore. Elle doit également prendre en compte les conditions de vie des populations qui dépendent de cet environnement.

C’est dans cette logique que le Rugezi Community Center a été mis en place : créer un espace où le développement des activités économiques locales peut aller de pair avec la responsabilité collective de protéger la zone humide.

Pour les femmes qui y travailleront, le centre représente un lieu pour produire, développer leurs activités et accéder aux marchés. Pour Rugezi, il constitue une approche visant à renforcer la participation des communautés locales à la protection d’un écosystème essentiel.