Rwanda : 17 % des journalistes gagnent moins de 100 000 francs rwandais par mois
Une nouvelle étude publiée par l’Association Rwandaise des Journalistes, Association Rwandaise des Journalistes, révèle que près de 89 % des journalistes rwandais perçoivent un salaire mensuel inférieur à 500 000 francs rwandais.
Selon cette enquête rendue publique le 21 mai 2026 et dont la présentation officielle est prévue la semaine prochaine, seuls 11 % des journalistes interrogés ont déclaré gagner plus de 500 000 francs rwandais par mois.
L’étude indique que le Rwanda compte actuellement 1 209 journalistes exerçant légalement la profession. Parmi eux, 490 ont participé à l’enquête. Toutefois, 20 répondants ont indiqué qu’ils n’exerçaient plus le métier, ce qui a conduit les chercheurs à baser leurs analyses sur les réponses de 470 journalistes actifs.
Les résultats montrent que 17,2 % des journalistes interrogés touchent moins de 100 000 francs rwandais par mois, tandis que 15,1 % gagnent entre 100 000 et 199 900 francs rwandais.
Par ailleurs, 12,6 % perçoivent un salaire compris entre 200 000 et 299 900 francs rwandais, alors que 16 % gagnent entre 300 000 et 499 900 francs rwandais. Environ 27,9 % des participants ont préféré ne pas révéler leur niveau de rémunération.
Ndahirwa Benjamin, Représentant de l’entreprise Loyal Consultancy Ltd ayant réalisé cette étude, a estimé que le nombre élevé de journalistes ayant refusé de divulguer leur salaire est préoccupant.
Il a déclaré « 17,2 % des journalistes gagnent moins de 100 000 francs rwandais… imaginez cela ! […] Au total, 89 % gagnent moins de 500 000 francs. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Un journaliste mal rémunéré peut difficilement respecter pleinement les principes de la profession », a-t-il déclaré.
L’étude révèle également que seuls 24,3 % des journalistes possèdent leur propre logement, alors que 68,9 % vivent dans des maisons en location. Environ 6,2 % vivent avec leurs familles ou des amis, tandis que seulement 0,6 % sont logés par leurs employeurs.
Concernant la capacité des salaires à couvrir les besoins quotidiens, seulement 2,77 % des journalistes ont affirmé que leur rémunération leur permettait de subvenir entièrement à leurs besoins.
Environ 4,26 % estiment que leur salaire couvre largement leurs dépenses, sans toutefois suffire totalement, tandis que 36,38 % considèrent que leurs revenus les aident seulement de manière partielle.
Plus de 13 % des journalistes interrogés ont déclaré que leur salaire ne leur apportait aucun soutien réel dans leur vie quotidienne.
Selon l’enquête, 44,8 % des journalistes ont obtenu leur emploi de manière stable, tandis que 55,7 % ont affirmé rester attachés au métier malgré les difficultés rencontrées. Environ 34,5 % ont indiqué qu’ils continueraient à exercer si certaines réformes étaient mises en place, alors que 9,5 % envisagent de quitter la profession.
Sur le plan de la protection sociale, 55,5 % des journalistes bénéficient d’une cotisation à la pension de retraite via la Caisse Rwandaise de Sécurité Sociale, Rwanda Social Security Board, tandis que 4,3 % sont affiliés à des assurances privées. Toutefois, 40,2 % ont affirmé ne bénéficier d’aucune couverture retraite.
En matière d’assurance maladie, 57,4 % bénéficient de la Mutuelle de Santé, 30 % sont couverts par la RAMA, 7,9 % utilisent des assurances privées et 4,7 % ne disposent d’aucune couverture médicale.
L’étude indique également que 56,3 % des journalistes disposent de cartes professionnelles valides, alors que 39,6 % possèdent des cartes expirées. Chaque journaliste doit verser 20 000 francs rwandais par an pour renouveler son accréditation professionnelle.
Le journaliste Hatangimana Ange Eric, également Rédacteur en chef du journal Umuseke, a estimé que l’État, principal partenaire du secteur médiatique, devrait intervenir davantage afin d’améliorer les conditions de vie des journalistes.
Selon lui, la précarité des journalistes risque de favoriser des manipulations par certains groupes d’intérêts financiers, avec des conséquences négatives sur la qualité et l’indépendance de l’information.
Il a déclaré. « La vie des journalistes reste difficile, même si cette réalité ne concerne pas tout le monde. Une grande partie d’entre eux vit dans des conditions précaires, bien différentes de celles d’autres professionnels ».
Il a ajouté que les difficultés économiques sont visibles jusque dans les conditions de travail et de déplacement des journalistes, dont beaucoup continuent à utiliser les transports publics ou les motos, contrairement à d’autres catégories professionnelles mieux rémunérées.
L’enquête révèle également que les propriétaires de médias privés peinent eux aussi à générer suffisamment de revenus pour offrir de meilleurs salaires à leurs employés. Environ 63,1 % des responsables de médias interrogés ont indiqué dépendre principalement des recettes publicitaires, mais affirment perdre de nombreuses opportunités au profit des influenceurs et créateurs de contenus sur les réseaux sociaux.
Le Président de l’ARJ, Dan Ngabonziza, a reconnu que les conditions de vie des journalistes restent préoccupantes, tout en considérant cette étude comme une étape importante vers la recherche de solutions durables.
Il a assuré que l’ARJ poursuivra son plaidoyer auprès des partenaires, y compris l’État, afin d’améliorer les revenus, les conditions de travail et les compétences professionnelles des journalistes rwandais.

